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Numéro invalide! 🧪

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Bonjour, Bonjour ! Ce n’est pas encore l’heure des vacances (pour moi, pour certains d’entre vous oui bande de veinards !). Me voilà donc en train de vous écrire. Et aujourd’hui j’ai envie de vous parler de Numéro Invalide, signé Lost Memory et paru aux éditions Akata.

 

 

Lost Memory, autrice venue de Bruxelles (miam des gaufres !!! chut tu t’éloignes du sujet). Donc, Lost Memory autrice venue de Bruxelles et qui milite pour les droits des personnes en situation de handicap et intersexes est à l’origine de cette œuvre. Elle va créer Numéro Invalide, qui raconte sa propre histoire, qui sera tout d’abord publiée sur internet sous forme de bande dessinée puis en webtoon avant d’être éditée en format manga par Akata. Vous pouvez retrouver l’autrice sur instagram, où elle publie son actualité, des illustrations, des pictogrammes… mais aussi sur X (twitter pour les vieux et vieilles comme moi).

 

Cette histoire autobiographique nous raconte les déboires de Coralie, une jeune femme de quinze ans qui n’est pas réglée (pour toi petit malin qui a raté tes cours d’éducation sexuelle, n’entend pas par là qu’elle n’est pas disciplinée mais plutôt qu’elle n’a pas ses règles). Elle s’inquiète, en parle à sa mère, puis va consulter. C’est alors que le diagnostic tombe, Coralie souffre du syndrome de Rokitansky-Kûster-Hauser, qui se défini en gros par l’absence totale ou partielle de vagin ou d’utérus.

 

C’est alors que commence son combat, entre consultations, opérations, hospitalisations la menant sur le chemin du handicap. Je ne souhaite pas spoiler l’histoire, je fais donc un résumé plus que succinct de l’histoire de Coralie, qui est à découvrir via le manga plutôt que via mon article.

 

 

Je tiens d’abord à dire que j’ai commencé à lire ce manga sur manga.io. Mais au bout de dix pages, je me suis levée et je suis partie à la librairie acheter le manga. (J’aime beaucoup manga io mais quand même, avoir le livre en mains ça n’a pas le même effet). Je découvre donc la couverture, représentant une jeune femme perfusée, transpercée, on y lit sa souffrance. Rien que la couverture ne peut que percuter le lecteur. L’édition nous offre quatre pages d’illustration en couleur au début du tome, elles aussi saisissantes. On entre ensuite sans tarder dans le vif du sujet, avec un focus sur la Coralie de « 2023 », qui va nous narrer son histoire en commençant par le début, quinze ans plus tôt.

 

L’histoire est très prenante. On y découvre une jeune femme et sa mère faisant confiance au corps médical. Ce qui ne me parait pas du tout anormal quand on n’a pas fait médecine (on devrait d’ailleurs même faire confiance à ses collègues en étant médecin soi-même, mais bon). Il faut dire aussi que la pathologie dont souffre Coralie n’est pas fréquente et qu’elle entre donc dans une espèce de tourbillon puisque son opération devient quasiment, pour ne pas dire totalement, expérimentale.

 

Le scénario est rondement mené et déroulé, Lost Memory attrape son lecteur et ne le lâche plus. Tous les éléments sont disponibles pour une très bonne compréhension de son histoire. On retrouve au cours du récit des mots de l’autrice, des extraits de compte rendu d’hospitalisation ou encore des explications plus scientifiques quant aux actes délivrés par le corps médical.

 

 

Au niveau des graphismes c’est pareil, ça percute, ça choque, ça emmène, mais surtout ça fait passer énormément d’émotions. On oscille entre tristesse, colère, compassion, on ressent une partie du vécu de l’autrice. Je dis bien une partie car il est impossible de se mettre à la place de l’autre surtout dans une telle situation.

 

J’ai écrit dans un tweet (je ne lâcherai pas, pour moi c’est tweeter c’est tout !), que cet ouvrage bouscule, questionne sur le consentement éclairé, l’intersexualité et les répercussions des soins au sens large. Je le pense profondément.

 

Et cet ouvrage me remue à bien des égards. Sur le plan personnel, parce qu’au-delà de pouvoir s’identifier et de comprendre une partie du vécu de Coralie, cueillie en pleine adolescence et privée de son insouciance, on peut également penser à sa mère qui a un très fort rôle dans cette histoire. Elle est soutien, elle est présente, investie pour sa fille et porte certainement énormément de culpabilité également d’avoir fait confiance au corps médical en laissant opérer sa fille. On peut facilement comprendre toute cette souffrance engendrée. Et la place de la maman est très bien décrite. On voit que tout le fonctionnement familial est impacté par cette histoire.

 

 

Je ne peux pas m’empêcher de me demander comment se serait passé cette histoire aujourd’hui, je me dis que certaines choses ont peut-être évolué. Parlait-on aussi facilement de l’intersexualité il y a quinze ans ? Je crois qu’aujourd’hui nous avons accès à plus d’informations, de formations pour le corps médical. Pour le grand public, il y a beaucoup de réseaux sociaux démystifiant certaines paroles, même si le sujet reste très difficilement abordable par et pour tous. Bref je n’attends aucune réponse mais je me dis que parfois le timing est mauvais également et ne joue pas en notre faveur.

 

J’ai cependant en tête que Coralie aujourd’hui et grâce à son histoire, participe à faire connaitre ces pathologies et est actrice de la libération de parole. Elle peut emmener au questionnement et surtout aider d’autres personnes étant dans sa situation.

 

Sur le plan professionnel aussi, ce genre d’ouvrage permet de se questionner encore et encore. Parce que oui, pour ceux qui ne le savent pas je suis infirmière (bouh la vilaine !!!). Et surtout que j’ai un amour profond pour ce métier. Je travaille dans un hôpital public, parce que j’ai la foi dans ce système même s’il est imparfait. Et j’ai beaucoup réfléchi en lisant. Je ne pourrais pas vous dire chaque réflexion que j’ai eue à chaque seconde, il faut que je synthétise quand même. Mais les points essentiels au-delà du débat que créé le manga sur la maltraitance hospitalière, c’est surtout de se dire que finalement quelque soit la pathologie, on voit bien que la communication est au cœur de l’exercice. Quel message dois-je faire passer, ce message a-t-il été bien reçu ? Est-ce que j’ai donné toutes les informations ? Elle participe à la confiance que l’on peut accorder mais aussi à obtenir un consentement éclairé. On voit bien qu’il y a eu des ratés dans les étapes. Je pense que malheureusement, il y a des informations qui semblent tellement évidentes pour certains, qu’on oublie qu’elles ne sont pas si évidentes pour d’autres. Même si le manque d’information peut tout à fait être volontaire parce que cela peut servir ses propres intérêts. Sans parler du fait que chacun agit selon ses croyances, selon ses valeurs, selon son système de pensée et que cela peut être extrêmement dommageable. L’idée n’est pas du tout de créer un débat, juste de dire que le bénéfice de cet ouvrage peut être personnel et professionnel. Même s’il ne fait pas changer tout le monde de position, il peut au moins amener à faire réfléchir ou à sensibiliser.

 

En résumé, un très bel ouvrage, bien mené, bien ficelé avec un graphisme qui colle totalement à l’histoire. C’est un ouvrage qui de mon point de vue a été écrit et dessiné avec beaucoup de courage et on le ressent, avec les tripes. La série comptera cinq tomes. Le premier tome ne nous montre certainement que les prémices de l’histoire de Coralie. Il s’agit d’une histoire très personnelle, dévoilée avec beaucoup de justesse. Merci à Lost Memory de se livrer ainsi.

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