Le crush de la semaine : Le prince des ténèbres
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Aujourd’hui, pour ce nouveau crush, j'ai décidé de faire un petit voyage dans le temps et de vous présenter l'un de mes coups de cœur de l'année 2009, j'ai nommé : Le Prince des Ténèbres.
Le Prince des Ténèbres est un shônen manga de Megumi Ôsuga. Adaptée d'une des œuvres du célèbre auteur japonais de roman policier : Kôtarô Isaka, cette série a été prépublié entre 2007 et 2009 dans le magazine Weekly Shônen Sunday de l'éditeur Shôgakukan et se compose d'un total de dix tomes. En France, la série a été licencié en 2009 par les éditions Kurokawa.

De quoi ça parle ?
Depuis la mort de leurs parents lors d'un tragique accident de voiture, Andô doit s'occuper seul de son frère cadet Junya, avec qui il entretient une relation plutôt fusionnelle. De nature plutôt introvertie et solitaire, le jeune lycéen semble complètement insensible au monde qui l'entoure... et pour cause. Dans son enfance, persuadé d'avoir un don extraordinaire lui permettant de faire dire ce qu'il voulait aux personnes qui l'entouraient, le jeune garçon en parla à ses camarades de classe qui, contre toute attente, ne tardèrent pas à se moquer ouvertement de lui. Mis de côté, ignoré et blessé moralement, le jeune Andô vécu une enfance des plus difficiles. Ne souhaitant nullement revivre une telle expérience, Andô commencera dès lors à se fondre dans la masse, à feindre l'ignorance et à se montrer complètement passif face aux événements alentour. Désormais spectateur d'un monde en perpétuel déclin, Andô mènera une vie des plus paisibles... Du moins jusqu'à sa rencontre avec le mystérieux Inukaï.
A la tête d'un véritable groupuscule paramilitaire du nom de Grasshoppers, Inukaï va très vite s'imposer comme un véritable défenseur de la justice et des faibles auprès des habitants de Nekota où la violence ne cesse de croître au fil des années. Malgré la fascination qu'il suscite, Andô ne peut s'empêcher de ressentir un certain malaise en sa présence. Est-il aussi blanc qu'il le prêtant ? A-t-il réellement le pouvoir de changer les choses ? Intrigué par le jeune leader, Andô va peu à peu changer et réapprendre à utiliser son don pour venir en aide aux autres. Choses qui lui étaient tout à fait inconcevables quelques jours auparavant. Cependant, alors qu'il suivait un groupe de jeunes délinquants qui désiraient en découdre avec Inukaï, le jeune adolescent va faire une terrible découverte : derrière ses belles paroles et ses airs pacifistes, le chef des Grasshoppers se révélera des plus sombres et des plus calculateurs. Face à ses actes de violences et de manipulation, le jeune lycéen décidera alors de se dresser contre lui, n'hésitant pas à se battre seul contre tous pour défendre ses idéaux. C'est ainsi que débutera le terrible affrontement entre le leader vénéré de tous : Inukaï et le jeune lycéen sortit de nulle part : Andô...
Un « pseudo Death Note » ?
A la lecture du synopsis, comme beaucoup d'entre vous je pense, il m'a été difficile de ne pas penser à Death Note. En effet, certains éléments semblent faire écho à l’œuvre de Tsugumi Ôba et de Takeshi Obata, à commencer par le cadre fantastique dans laquelle se déroule l'intrigue. A l'exemple de Light Yagami qui use des pouvoirs du cahier de la mort et de Ryûk (un Shinigami), certains personnages du Prince des Ténèbres semblent eux-aussi posséder de curieux pouvoirs, des pouvoirs qu'ils n'hésiteront pas à utiliser pour parvenir à leurs fins. Autre ressemblance : le monde dans lequel vivent nos héros. Comme pour Death Note, nous avons affaire à un véritable monde en crise : violence, injustice, délinquance, complots politiques... Le monde n'est plus que décadences et laideurs. Face à l'impuissance des hommes politiques, de nouvelles figures vont alors faire leur apparition avant de s'imposer très vite comme de véritables « sauveurs » pour la population. Malheureusement, Inukaï et Kira (alias Light Yagami) vont très vite se présenter comme des personnages sombres, manipulateurs et sans scrupules, bien qu'au demeurant très intelligents. Cependant, la ressemblance s'arrêtera là. En effet, contrairement à Kira, Inukaï ne perd nullement de son humanité au fil des pages et se distinguera par ses agissements qui, bien que contestables, demeurent beaucoup plus honorables. Ainsi, comme vous l'aurez aisément compris, malgré quelques ressemblances et clins d'œil des auteurs à la série, Le Prince des Ténèbres n'est en rien une pâle copie de Death Note.
Une véritable peinture de la société japonaise
Ce manga nous présente plutôt bien la société japonaise actuelle et semble en dénoncer certains de ses aspects, comme le conformisme. En effet, comme nous pouvons nous en rendre compte au fil des pages, les japonais semblent bien différents de nous autres européens. Tandis que nous recherchons une certaine individualité, le japonais moyen n'aspire qu'à deux choses : se fondre dans la masse et faire le moins de vague possible. Toute différence, quant à elle, est immédiatement montrée du doigt et conduit le plus souvent à l'exclusion et à l'ignorance. C'est pourquoi, à l'exemple d'Andô, beaucoup vont se plonger dans l'anonymat pour échapper à une certaine discrimination de la part de leur entourage et pour connaître une vie des plus paisibles. Cependant, le conformisme est-il réellement une solution ?
Il met également en avant de nombreux problèmes de société comme la délinquance, la violence dans les rues, la modernisation des villes, le chômage, l'inaction des japonais face aux injustices, les pervers dans les métros, … Des problèmes qui sont très souvent évoqués dans les mangas mais qui tombent parfois dans le cliché.
Le Prince des Ténèbres est une œuvre plutôt complexe et sombre qui nous pousse à nous remettre en question, à réfléchir sur notre propre société et notre propre capacité à changer les choses.
Des personnages charismatiques
Au cours de notre lecture, nous ferons également connaissance de nombreux personnages, des personnages qui joueront un rôle clé dans le déroulement de l'histoire et qui, pour certain, prendront en importance. C'est le cas de Junya, le frère cadet d'Andô. Enjoué, exubérant et quelque peu insouciant, le jeune Junya est un adolescent des plus ordinaires qui demeure très attaché à son frère. Cantonné dans un rôle de second plan au début du récit, un événement majeur viendra le placer sous les feux des projecteurs. Suite à ce soudain changement de rôle, un nouveau Junya se présentera alors devant nous : un Junya beaucoup plus sombre et complexe.
Autres que les noms déjà évoqués, nous croiserons une large palette de personnages comme le fidèle et puissant bras droit d'Inukaï qui usera de tous les moyens mis à sa disposition pour écarter toute opposition, des assassins au service de riches commanditaires et possédant chacun une spécificité qui leurs sont propres ou encore une terrible organisation aux méthodes plus que douteuses. Autant dire que les personnages présentées dans cette œuvre sont très divers et variés. L'un de mes personnages préférés restera probablement La Cigale. Cet assassin, malgré son métier, est très attachant et drôle. Très charismatique, le jeune homme tiendra une place importante dans le récit.
D'ailleurs, pour la petite info, La Cigale fera également l'objet d'un spin-off, nous contant ainsi son parcours initiatique en tant que tueur à gage, un parcours plutôt chaotique. Comme vous l'aurez compris, l'histoire se déroulera bien avant les événements présentés dans Le Prince des Ténèbres. Crée en 2009 par Megumi Ôsuga et Kôtarô Isaka, Waltz fut prépublié dans le magazine Gessan et compte un total de six tomes. Comme pour Le Prince des Ténèbres, ce sont les éditions Kurokawa qui se sont occupées de sa parution en France avec un premier tome édité en 2012.

Un scénario sombre et complexe
Le scénario même du Prince des Ténèbres est des plus atypiques et se démarque complètement des autres mangas du genre. Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu de réel coup de cœur pour un manga shônen. L'intrigue, plutôt bien menée, se met doucement en place nous laissant présager une suite des plus trépidantes. Les auteurs ont su y mêler à merveille policier, surnaturel, politique, humour (même si celui-ci reste assez noir). Le lecteur s’identifie pleinement au jeune Andô avec lequel il partagera tout le long de son périple ses doutes, ses interrogations et ses espoirs. L'histoire, bien que sombre et complexe, est très efficace et dynamique. C'est simple, on n'a pas le temps de s'ennuyer une seule seconde. De nombreux rebondissements et retournements de situation viendront également enrichir le scénario, notamment au niveau du septième tome qui demeure, selon moi, l'un des points importants de l'histoire. J'en aurais bien dit d'avantage sur le sujet mais je risque fort de gâcher la surprise pour toutes personnes n'ayant pas encore lu ou terminé la série. De ce fait, je préfère ne pas aller plus loin et vous laisser découvrir cela.

Un petit mot sur le dessin
Le graphisme même du manga est plutôt agréable et efficace. Les traits sont assez précis, uniques et soignés. Certes, nous n’avons rien de très novateur mais les dessins restent de qualités et s’adaptent merveilleusement à l’ambiance plutôt sombre et oppressante de la série.
Bref, si vous ne connaissez pas encore cette merveilleuse série, je vous conseille vivement de vous la procurer. Vous ne serez pas déçu ! Ce thriller psychologique vous offrira une histoire des plus trépidantes et des plus complexes, une histoire qui ne cessera de vous surprendre au fil de votre lecture.



